Amis enseignants, éducateurs, animateurs, professionnels de l'enfance,
Cette rubrique vous concerne et vous est destinée car vous pouvez nous aider. Sans forcément le savoir, vous avez même un rôle primordial dans le combat contre l’inceste et les infractions sexuelles sur mineurs. Malheureusement nombre d’entre vous n’en ont pas forcément conscience, par méconnaissance la plupart du temps.
Si vous lisez ces lignes, c’est que le sujet vous préoccupe et que vous avez conscience de sa gravité, alors surtout aidez-nous à relayer les actes réflexes auprès de vos collègues, informez les, formez les… Si cela permet de sauver ne serait-ce qu’une enfance brisée, vous aurez alors tout gagné.
Si vous n'êtes pas concernés, alors imprimez ce texte et transmettez le à l'école, au collège ou au lycée de vos enfants. Passez l'information...
Les chiffres sont effarants, les grandes associations de victimes s'accordent pour dire qu'une fille sur quatre et un garçon sur huit seraient victimes d’infractions sexuelles plus ou moins grave avant la majorité. De plus, ayez conscience que les auteurs d'inceste ou de pédophilie, bien que majoritairement masculins, peuvent également être des femmes, ce dernier point étant encore complètement tabou dans notre société.
En raison de ce constat, sachez que dans vos classes, statistiquement, vous avez au moins un ou plusieurs élèves concernés. Et quand l’on sait que la plupart des violences sexuelles sont commises au sein même des familles, il ne faut généralement pas compter sur ces dernières pour révéler les faits. Alors il ne reste plus que vous pour découvrir l’horreur. Vous qui côtoyez ces enfants vous pouvez repérer les victimes en détresse.
Le message est clair, ne fermez pas les yeux ! Au contraire, cherchez, questionnez-vous ! L’inceste est une chose tellement abominable que l’on a parfois du mal à y croire, même face à l’évidence. Régulièrement des enseignants de bonne foi ne réagissent pas à des signaux manifestes. Que pensez-vous de cette petite fille scolarisée en maternelle qui dessinait ses bonhommes avec un sexe masculin énorme ? La même enfant dessinait des personnages plus petits avec du rouge entre les jambes. Questionnée par la suite lors de l’enquête, la maîtresse a naïvement expliqué qu’elle pensait juste que l’enfant avait vu son papa sous la douche !?!? Elle n’a donc fait aucun signalement alors que l’enfant était régulièrement violée. Cet exemple est malheureusement tout à fait authentique !
Tous les appels à l’aide ne sont pas aussi évidents, mais soyez attentifs à vos élèves. Un trouble du comportement, un jeune totalement renfermé et solitaire sont autant de signes éventuels. Essayez de vérifier vos soupçons par des questions indirectes. Il est évident que tous les enfants et ados tristes ne sont pas victimes d’inceste, mais des éléments mineurs peuvent vous alerter, des dessins tendancieux, un élève trop sage, un changement très brutal d’humeur, une connaissance de la sexualité inadaptée à l’âge de l’enfant et bien d’autres signes encore...
Dans ces cas là, n’hésitez pas à signaler vos doutes ! Envoyez un courrier au procureur de la République ou au juge des enfants (tribunal de grande instance). Ne gardez pas vos constatations uniquement pour votre hiérarchie qui ne sera pas forcément en mesure de juger comme vous l’êtes. N’attendez pas d’avoir des certitudes, vous n’en aurez quasiment jamais ! Faire part de ses constatations, ce n’est pas dénoncer les parents ni tromper leur confiance, c’est un premier acte pour rechercher la vérité, dans l’intérêt même de l’enfant. Déclencher une enquête, c’est rechercher les faits. Lorsqu’une enquête judiciaire conclut que tout va bien, elle n’a pas échoué, au contraire ! Elle a permis de mettre à jour la vérité et de lever un doute, et tant mieux si rien n’est anormal.
Et surtout, collaborez avec la justice. Voici un autre exemple concret qui s'est déroulé dans un cas de suspicion de maltraitance. Alors que les gendarmes menaient une enquête sur les conditions éducatives d’un jeune garçon, l’enseignante a refusé de relater ses constatations. Elle a justifié son attitude en expliquant « Si je vous dis qu’il a des bleus, alors vous allez en déduire qu’il est battu et je n’en ai aucune idée ». Ce genre de comportement est malheureusement très fréquent. Laissez les enquêteurs faire leur métier, ne vous substituez pas à eux ! Les gendarmes et les policiers sont des professionnels formés qui travaillent à charge et à décharge dans leurs enquêtes. Ils disposent également de moyens d’investigation que vous n’avez pas. Dans ce cas précis, il est évident que de nombreuses raisons peuvent expliquer des bleus sur un enfant, pas forcément délictuelles. Les gendarmes et les policiers en sont parfaitement conscients. Ne filtrez pas les informations sous prétexte que les enquêteurs vont en déduire ceci ou cela. Soyez objectif dans vos témoignages, n’omettez rien, ne rajoutez rien, n’inventez rien.
Enfin, n’ayez pas peur de l’enquête, les gendarmes ou les policiers ne vont pas débarquer à l’école pour entendre manu-militari l’enfant en question. Ils ne vont pas non plus se rendre chez les parents en disant « l'enseignant nous a dit que…, expliquez-vous ! ». Non, le premier acte d’enquête sera de recueillir votre témoignage et de voir avec vous de quelle manière les choses pourront se dérouler au mieux, avec la préoccupation constante de l’intérêt de l’enfant. Il n’est pas question de vous mettre en porte-à-faux.
N’oubliez pas qu’il vaut mieux dix témoignages pour rien que de passer à coté d’un seul enfant victime. Les dégâts de l’inceste sont véritablement ravageurs. Ils détruisent psychologiquement une existence toute la vie durant. Les victimes n’en ressortent jamais indemnes. Certaines réussissent à apprivoiser leurs souffrances après un très long travail, mais aucune n’en guérit complètement. Sachez également qu’un enfant qui a accès à de la pornographie ou à des actes impudiques, sans pour autant les subir lui-même, est également une victime (voir "Infractions").
De plus, n'ayez pas d’inquiétude, si l’enquête démontre qu’en définitive vos soupçons n'étaient pas fondés, vous ne pouvez pas être accusé de dénonciation calomnieuse. Cette infraction nécessite une intention coupable. Pour être retenue, il faudrait que vous ayez sciemment inventé et rapporté des faits dans le but de nuire à autrui. Si vous vous contentez de relater de bonne foi des faits existants ou de retransmettre tel quel des paroles que vous avez entendues sans les interpréter, vous ne risquez absolument rien ! En revanche, une personne qui a connaissance d’indices probants, permettant de soupçonner qu’un mineur est en danger, qui n’avertit pas les autorités judiciaires ou administratives commet un délit grave (article 434-3 du code pénal). Cette infraction est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Aucune opposition du secret professionnel n’est également recevable, ni même pour les médecins (article 226-14 du code pénal).
Ayez bien conscience que l’importance de votre statut vous confère de grandes responsabilités. Vous ne devez (ne pouvez) pas les négliger.
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