La grosse difficulté de l'enquête pour violences sexuelles, notamment lorsque les faits sont anciens, réside dans la difficulté de rassembler les preuves.
Ce manque de preuves matérielles pousse malheureusement de nombreuses victimes à ne pas "tenter l'aventure judiciaire", pensant que cette dernière est systématiquement vouée à l'échec dés lors qu'il ne s'agit que d'une parole contre une autre. Ce raisonnement est partiellement erroné. Dites vous bien que si vous n'êtes pas en mesure de prouver la véracité de vos dires, de la même manière il pourraît être difficile à votre agresseur de vous faire passer pour un(e) affabulateur(trice). C'est la raison pour laquelle, il ne faut omettre ou ne passer sous silence aucun élément lors de votre plainte, afin d'éviter tout risque de discréditer votre parole. Si des imprécisions dans votre témoignage seront comprises et admises (mais bon, le moins possible serait le mieux), en revanche des incohérences dans vos propos risqueraient de vous desservir, même si vous dites la vérité.
Notez qu'il peut arriver parfois (normalement c'est rare) que certains enquêteurs puissent vous poser des questions vous laissant à penser qu'ils ne vous croient pas, ne vous inquiétez pas car cela n'est généralement pas le cas. Ne soyez pas destabilisé(e) par ces questions, elles ont pour but de se faire "l'avocat du diable" afin que vous puissiez renforcer votre témoignage en évitant une zone d'ombre que vous n'auriez pas perçu. Cela va dans votre sens.
De plus, les policiers et les gendarmes effectueront des investigations auxquelles vous ne pensez pas forcément et qui permettront de donner du poids à votre parole. Par exemple, cela pourrait être le cas d'un rapport psychologique, du témoignage d'une amie ou de celui d'une ancienne enseignante qui irait dans votre sens et ainsi confirmerait votre mal être. De plus, les techniques d'audition en garde à vue peuvent également donner bien plus de résultat que vous n'imaginez.
Enfin si malheureusement, malgré tous vos efforts, votre plainte est classée sans suite, cela ne veut absolument pas dire que le procureur ne vous croit pas et que votre agresseur est innocent (beaucoup le pense à tort). Si votre agresseur est identifié et que les faits ne sont pas prescrits, cela veut dire qu'il n'y a pas assez d'élément dans le dossier qui permettrait de le faire condamner devant un tribunal. Malheureusement les vraies victimes font parfois cruellement les frais des fausses accusations qui sont parfois proférées par des personnes désirant nuire à autrui. Ces quelques cas isolés portent un tord considérable à l'ensemble des victimes de bonne foi.
Cependant sachez qu'un dossier classé sans suite n'est pas enterré pour autant. En effet, le moindre élément nouveau peut permettre de le ré-ouvrir. Cela peut être le cas si une autre victime du même agresseur se manifeste ultérieurement. Ainsi votre plainte ne sera jamais inutile. D'ailleurs dans le fichier police/gendarmerie (TPJ), votre agresseur apparaitra comme ayant été mis en cause pour violences sexuelles, même s'il sera mentionné qu'il y a eu un classement sans suite. Les enquêteurs auront cette info dés qu'ils l'identifieront ce qui peut les aider à faire un recoupement dans le cadre d'une autre affaire.
A propos de la prescription :
Si l'on exclut les crimes contre l'humanité, les violences sexuelles sur mineurs font parties des infractions pour lesquelles le délai avant prescription est le plus long (législation française bien sur). Pour les faits les plus graves, les victimes peuvent déposer plainte jusqu'à leur 38 ans. Attention cependant, statistiquement, plus vous attendez plus le risque de voir votre plainte classée sans suite est important. En effet, de nombreuses victimes repoussent leur plainte sous le prétexte qu'elles ont du temps devant elle. Ce raisonnement est risqué car cela peut fortement nuire au résultat de l'enquête. Encore plus grave, un auteur impuni est toujours susceptible de poursuivre ses agressions sur d'autres victimes. Donc le plus tôt possible reste le mieux.
Dernier point, même si les faits vous concernant sont prescrits, n'hésitez pas à essayer de faire un dépôt de plainte ou une déposition sur ce que vous avez vécu. Malheureusement tous les services d'enquête n'accepteront pas votre plainte en opposant la prescription, mais d'autres accepteront parfaitement. En effet, votre témoignage peut s'avérer utile pour une autre victime de votre agresseur pour laquelle les faits ne seront pas prescrits. En effet, la pluralité de témoignages contre un même auteur renforce la crédibilité de ceux-ci.
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